Amende co2 constructeurs 95 euros gramme

Vous entrez dans une concession avec une idĂ©e prĂ©cise en tĂŞte, et vous en ressortez avec une brochure d’Ă©lectrique sous le bras sans très bien comprendre comment. Ce n’est pas de la persuasion, ce n’est pas non plus une lubie de vendeur convaincu. C’est de l’arithmĂ©tique. Derrière ce discours se cache une amende co2 constructeurs 95 euros par gramme, un mĂ©canisme rĂ©glementaire europĂ©en qui transforme chaque immatriculation en ligne comptable. Et le plus contre-intuitif dans cette histoire, c’est qu’une voiture thermique vendue, encaissĂ©e, facturĂ©e, peut coĂ»ter plus cher au constructeur qu’une Ă©lectrique qui prend la poussière six mois sur un parc.

Avant d’entrer dans le dĂ©tail du calcul, un point visuel s’impose. La vidĂ©o montre comment ce tableau de conformitĂ© se traduit, chiffres Ă  l’appui, jusque dans le discours entendu au comptoir d’une concession.

D’oĂą sort ce tarif de 95 euros par gramme de CO2 ?

Le texte europĂ©en qui encadre les Ă©missions ne se contente pas de fixer un objectif. Il chiffre le dĂ©passement. Chaque gramme de CO2 excĂ©dentaire est facturĂ© 95 euros, et cette facturation s’applique par voiture immatriculĂ©e. Ce n’est pas une amende forfaitaire que l’on paie une fois en fin d’exercice. C’est une multiplication.

Prenez la mĂ©canique au sĂ©rieux une minute. Un constructeur ne se voit pas reprocher telle ou telle voiture individuellement. On lui calcule une moyenne sur l’ensemble de sa flotte immatriculĂ©e. Si cette moyenne dĂ©passe la cible, l’Ă©cart en grammes est multipliĂ© par 95 euros, puis par le nombre de vĂ©hicules mis Ă  la route. Un dĂ©passement qui paraĂ®t anodin sur le papier devient une addition Ă  plusieurs chiffres dès que le volume entre dans l’Ă©quation. VoilĂ  pourquoi l’amende co2 constructeurs 95 euros par gramme n’est pas une contrainte lointaine de bureaucrates bruxellois, mais un paramètre qui redescend jusqu’Ă  l’argumentaire du vendeur qui vous fait face.

Reste Ă  comprendre ce qui a changĂ© rĂ©cemment dans la façon dont ce calcul est effectuĂ©, car la nature de la pression s’en est trouvĂ©e transformĂ©e.

Le vote du 8 mai 2025 a changé le tempo, pas la cible

Le 8 mai 2025, un vote adoptĂ© par 458 voix contre 101 a modifiĂ© la façon de compter. Jusque-lĂ , la conformitĂ© se calculait annĂ©e par annĂ©e : un exercice ratĂ©, une facture. DĂ©sormais, elle s’apprĂ©cie sur la moyenne des trois annĂ©es 2025, 2026 et 2027, avec un objectif de 81 g par km.

Ă€ première vue, cela ressemble Ă  un assouplissement. C’en est un sur le calendrier, pas sur la destination. Le constructeur gagne de la souplesse : une mauvaise annĂ©e peut ĂŞtre rattrapĂ©e par une meilleure suivante. Mais il perd la possibilitĂ© de raisonner par Ă -coups. La pression ne se joue plus sur un exercice isolĂ©, elle se joue sur trois annĂ©es Ă  Ă©quilibrer, ce qui oblige Ă  piloter en permanence le mix de ce qui sort des concessions.

Et il faut garder l’autre chiffre en tĂŞte : l’Ă©chĂ©ance 2035 reste votĂ©e. Le lissage sur trois ans ne repousse rien du tout. Il redistribue simplement l’effort Ă  l’intĂ©rieur d’une trajectoire qui, elle, n’a pas bougĂ© d’un millimètre. Autrement dit, la pression commerciale que vous ressentez aujourd’hui n’est pas un pic passager avant un retour Ă  la normale.

Pourquoi une thermique vendue peut coĂ»ter plus cher qu’une Ă©lectrique invendue

C’est ici que la logique de cour de concession bascule dans quelque chose que le bon sens commercial classique n’explique plus. Une Ă©lectrique qui dort six mois sur un parc coĂ»te de l’argent au constructeur : immobilisation, financement du stock, dĂ©cote qui court, place occupĂ©e. Personne ne le conteste, et un patron de concession vous le dira sans dĂ©tour.

Sauf qu’une thermique vendue peut lui coĂ»ter davantage. Parce qu’elle est immatriculĂ©e, elle entre dans le calcul et elle remonte la moyenne de la flotte. Et cette moyenne se paie 95 euros le gramme sur chaque voiture immatriculĂ©e. Le vĂ©hicule qui rapporte de la marge Ă  l’instant de la signature peut donc, quelques lignes plus loin dans le tableau, dĂ©grader un indicateur dont la sanction s’applique Ă  l’ensemble du volume.

Le raisonnement s’inverse alors complètement. Une Ă©lectrique immobilisĂ©e est un coĂ»t connu, bornĂ©, qui ne pollue pas la moyenne. Une thermique vendue est une recette immĂ©diate assortie d’un passif rĂ©glementaire diffus. Face Ă  ce genre d’arbitrage, la question n’est plus de savoir quelle voiture se vend le mieux, mais laquelle abĂ®me le moins le tableau.


Pour aller plus loin

Comprendre pourquoi on vous pousse vers un modèle plutĂ´t qu’un autre, c’est la moitiĂ© du travail. L’autre moitiĂ©, c’est de savoir ce que vaut rĂ©ellement le moteur qu’on vous propose, une fois passĂ©e la vitrine. Le guide Les marques moteurs Ă  fuir vs choisir, Édition 2026 passe les motorisations au crible marque par marque, celles qui tiennent la distance et celles qui vous attendent au tournant de la garantie. De quoi entrer en concession en sachant exactement ce que vous refusez et pourquoi.

Ce que l’amende co2 constructeurs 95 euros par gramme change Ă  votre nĂ©gociation

Vous vous êtes déjà demandé pourquoi la remise consentie sur une électrique tombe si facilement, quand celle sur une thermique se négocie au chausse-pied. La réponse tient dans le tableau.

La remise que l’on vous propose sur une Ă©lectrique n’est pas une faveur commerciale. Elle a une contrepartie comptable pour le constructeur. Chaque Ă©lectrique immatriculĂ©e tire la moyenne vers le bas, et donc rĂ©duit l’Ă©cart facturĂ© 95 euros le gramme sur l’intĂ©gralitĂ© du volume. L’effort consenti sur le prix affichĂ© se rembourse ailleurs, dans une ligne que vous ne verrez jamais sur votre bon de commande.

Cette lecture doit changer votre posture. Ne remerciez pas pour un geste, mesurez-en la profondeur rĂ©elle. Si la marque a un intĂ©rĂŞt structurel Ă  immatriculer de l’Ă©lectrique, ce geste a une Ă©lasticitĂ© que vous ĂŞtes en droit de tester. Et Ă  l’inverse, la fermetĂ© sur une thermique n’a rien d’un caprice de vendeur : elle traduit une contrainte qui, elle, ne se nĂ©gocie pas.

Le circuit parallèle qui pèse sur tout ce qui reste en stock

Un deuxième circuit s’est ouvert Ă  cĂ´tĂ© du premier, celui alimentĂ© par l’argent public du leasing social. Il faut le regarder pour ce qu’il est : un flux de vĂ©hicules dont les conditions d’accès ne sont pas fixĂ©es par le marchĂ©.

La vraie question n’est d’ailleurs pas de savoir si ces offres sont intĂ©ressantes pour ceux qui y ont droit. Elle est de savoir ce que la prĂ©sence des voitures aidĂ©es fait Ă  toutes les autres, celles qui sont dĂ©jĂ  en stock et qui n’entrent dans aucun dispositif. Quand une partie du volume s’Ă©coule Ă  des conditions administrĂ©es, le reste du parc se retrouve Ă  devoir se vendre en face, avec des rĂ©fĂ©rences de prix qui ne lui appartiennent pas.

C’est un angle mort que l’acheteur ordinaire ne voit jamais, et qui pourtant conditionne ce qu’on lui propose le jour oĂą il pousse la porte.

Vous croyez acheter dans un marché, vous achetez dans un tableau

RĂ©sumons ce qui compte vraiment. Le dĂ©passement est facturĂ© 95 euros par gramme de CO2 excĂ©dentaire, par voiture immatriculĂ©e. Depuis le vote du 8 mai 2025, adoptĂ© par 458 voix contre 101, la conformitĂ© se calcule sur la moyenne 2025-2026-2027 avec un objectif de 81 g par km, et l’Ă©chĂ©ance 2035 reste votĂ©e. Dans ce cadre, une Ă©lectrique qui dort six mois sur un parc coĂ»te, mais une thermique vendue peut coĂ»ter plus encore.

La conclusion pour l’acheteur est nette. Le vendeur qui vous oriente vers l’Ă©lectrique ne vous ment pas. Il applique un tableau de conformitĂ©. Ce qui ressemble Ă  une conviction, ou Ă  une mode, est en rĂ©alitĂ© l’exĂ©cution locale d’un calcul dĂ©cidĂ© bien au-dessus de la concession.

Ce dĂ©placement de regard a une consĂ©quence très concrète : arrĂŞtez de chercher les intentions du vendeur, cherchez la contrainte qui le tient. Elle est chiffrĂ©e, elle est publique, et elle explique bien mieux que n’importe quel argumentaire ce qu’on vous met sous les yeux. La vidĂ©o en haut de cet article dĂ©roule ce mĂ©canisme avec les chiffres, jusqu’au discours entendu au comptoir.