En 2021, Mercedes, Audi, Volkswagen et Porsche prenaient les devants de la scène mondiale pour annoncer la fin du moteur thermique. Des dates précises, des engagements chiffrés, des PDG en conférence de presse. Quatre ans plus tard, ces mêmes constructeurs abandonnent leurs objectifs 100 % électrique, un par un, sans communiqué d’excuses — juste un mot glissé discrètement dans leurs prises de position : « flexibilité ». Ce retournement n’est pas anodin. Il a une facture, et ce n’est pas l’actionnaire qui la règle.
Regardez la vidéo pour voir les dates, les chiffres de vente et les déclarations officielles mis côte à côte : le contraste entre 2021 et 2025 est encore plus saisissant à l’écran.
La règle que l’industrie ne vous dira jamais : ignorez les discours, suivez les chèques
Pour comprendre où va réellement l’automobile, il existe une règle simple et implacable : ne lisez pas les communiqués de presse, regardez où les groupes signent leurs chèques et ce qui sort de leurs lignes de production. Un constructeur qui investit massivement dans une nouvelle génération de moteurs thermiques ne croit pas à sa propre date de sortie du thermique. C’est aussi simple que cela.
C’est exactement ce que révèle l’analyse des décisions industrielles prises entre 2024 et 2025 chez les quatre grands groupes allemands. Audi lance entre 2024 et 2026 une nouvelle génération complète de modèles thermiques et hybrides rechargeables — un cycle d’investissement qui engage l’entreprise sur un horizon de dix ans minimum. Volkswagen confirme en 2025 le lancement du dernier nouveau modèle thermique du groupe, tout en repoussant la sortie définitive du thermique à 2033. Porsche confirme une nouvelle génération de moteur essence pour le Cayenne, avec des ventes prévues loin dans la prochaine décennie. Ces décisions ne sont pas des ajustements marginaux : ce sont des engagements industriels lourds, pris après les grandes annonces de 2021.
Le mot « flexibilité », désormais omniprésent dans les communications officielles de ces groupes, a une traduction précise dans le monde réel : « Nous avions tort, mais le service juridique interdit de l’écrire. » Comprendre ce mécanisme, c’est se donner les moyens de ne plus se laisser orienter par des calendriers qui ne résistent pas à l’épreuve des bilans comptables.
Mercedes et Audi : quand les dates officielles s’effacent sans bruit
Mercedes avait formulé l’un des engagements les plus nets du secteur : 100 % électrique d’ici 2030, annoncé en grande pompe en 2021. L’objectif a d’abord été repoussé de cinq ans début 2024. Puis, le 9 juillet 2025, le PDG Ola Källenius a confirmé dans Automotive Rundschau que la moitié de la gamme resterait thermique ou hybride à cette date. Ce n’est plus un report : c’est un abandon.
Les chiffres de production racontent la même histoire. Au premier semestre 2024, les ventes cumulées de la Classe S et de l’EQS ont reculé de 22 %, à 28 100 unités. L’électrique Mercedes dans son ensemble a chuté de 31 % au troisième trimestre 2024. Conséquence directe : l’usine de Sindelfingen, qui produit ces deux modèles phares, est passée de deux équipes à une seule dès octobre 2024. Ce n’est pas la demande qui a manqué à la stratégie — c’est la stratégie qui a manqué à la réalité du marché.
Chez Audi, le scénario est similaire dans sa mécanique, mais plus discret dans sa forme. Le groupe avait fixé deux dates précises : arrêt du développement de nouveaux moteurs thermiques en 2026, fin de production en 2033. Les deux ont été abandonnées, remplacées par le terme « flexibilité ». En parallèle, Audi a confirmé le 18 février 2026 la version de série de sa sportive électrique Concept C pour 2027 — un signal que l’électrique reste dans la feuille de route, mais que le thermique ne la quitte pas pour autant. Le groupe investit simultanément dans les deux directions, ce qui est la définition exacte d’une stratégie sans cap fixe.
Pour aller plus loin
Derrière les revirements stratégiques des constructeurs se cache une question plus immédiate : quels modèles acheter aujourd’hui sans risquer de payer les erreurs industrielles d’hier ? Le guide 20 modèles à fuir, 10 à choisir — Le verdict mécanique 2026 répond précisément à cette question. Basé sur des critères mécaniques concrets, il identifie les voitures qui résistent dans le temps et celles qui concentrent les risques — que ce soit en thermique, hybride ou électrique. Un outil de décision direct, sans langue de bois.
Porsche et Volkswagen : le thermique confirmé, les électriques en attente
Porsche offre l’illustration la plus chiffrée de ce demi-tour. En 2024, le Taycan — fer de lance électrique de la marque — a perdu 49 % de ses ventes mondiales, tombant à 20 836 unités. Dans le même temps, le Cayenne thermique progressait de 18 % pour atteindre son meilleur niveau historique. Le marché a tranché, et Porsche a entendu le message : le Cayenne bénéficiera d’une nouvelle génération de moteur essence, avec des ventes planifiées loin dans la prochaine décennie.
Les 718 Boxster et Cayman électriques, eux, ont été repoussés en raison d’une demande plus faible que prévu. Et pour 2028, Porsche confirme un SUV thermique compact sur plateforme partagée avec l’Audi Q5 — un projet qui ancre encore davantage le groupe dans une stratégie mixte à long terme. Ces décisions ne sont pas des concessions conjoncturelles : elles redessinent la trajectoire produit de Porsche pour les dix prochaines années.
Volkswagen, de son côté, a fait un choix industriel dont les implications sont considérables : la Golf GTI et la Golf R seront maintenues au-delà de 2030. La dernière génération thermique du groupe — Golf, Tiguan, Passat, T-Roc — a été prolongée, et la sortie définitive du thermique est repoussée à 2033. Le dernier nouveau modèle thermique du groupe a été lancé en 2025. Ce n’est pas un groupe qui sort du thermique : c’est un groupe qui en organise la prolongation ordonnée.
Qui paie vraiment la facture de ces revirements ?
La facture de ces abandons d’objectifs 100 % électrique se lit sur deux lignes bien distinctes. Pour les groupes, il s’agit des milliards investis dans des plateformes électriques qui doivent être partiellement repensées, des usines reconverties qu’il faut rééquiper à nouveau, des fournisseurs engagés sur des volumes qui ne se concrétiseront pas dans les délais annoncés. Ces coûts sont réels, mais ils sont absorbables par des entreprises dont les capitalisations se comptent en dizaines de milliards.
Pour le consommateur ordinaire, la facture est plus diffuse mais tout aussi concrète. Elle prend d’abord la forme d’une décote accélérée sur les véhicules électriques achetés entre 2021 et 2023, au moment où les discours officiels poussaient à l’adoption rapide. Elle prend aussi la forme de renoncements d’achat : des centaines de milliers d’acheteurs potentiels ont attendu, hésité, différé leur décision en anticipant une offre électrique qui tardait ou déçevait. Et elle prend enfin la forme d’une angoisse réglementaire entretenue pendant cinq ans — zones à faibles émissions, dates de fin de vente des thermiques, bonus-malus en mutation permanente — sans que les décisions industrielles réelles ne viennent jamais confirmer le calendrier annoncé.
Ce décalage entre les promesses publiques et les investissements réels n’est pas une erreur de communication. C’est un mode de gestion du changement qui consiste à annoncer l’avenir pour orienter les comportements, tout en préservant les marges dans le présent. Le consommateur qui a fait confiance aux calendriers officiels pour arbitrer son achat a payé ce décalage de sa poche.
Ce que les prochains communiqués ne diront pas — mais ce qu’il faudra lire entre les lignes
Il n’y aura pas de courrier d’excuses. Aucun PDG ne montera sur scène pour reconnaître que les objectifs 100 % électrique annoncés entre 2021 et 2023 étaient irréalistes, politiquement motivés ou commercialement calculés. Ce qui arrivera à la place, c’est une accumulation progressive de communiqués dans lesquels le mot « flexibilité » apparaîtra de plus en plus souvent, accompagné de formules sur « l’adaptation aux conditions de marché » et « la réponse aux attentes des clients ».
La méthode pour ne pas se laisser piéger reste la même : regarder où les constructeurs signent leurs chèques, quelles usines ils ouvrent ou ferment, quelles plateformes ils financent réellement. Mercedes prolonge le thermique à Sindelfingen. Audi investit dans une décennie de moteurs à combustion. Volkswagen maintient ses GTI au-delà de 2030. Porsche confirme un nouveau SUV essence pour 2028. Ces faits valent plus que n’importe quelle annonce de stratégie.
Comprendre ce mécanisme, c’est se donner les outils pour prendre des décisions d’achat fondées sur ce qui se passe réellement dans l’industrie — et non sur ce qu’elle dit vouloir faire. Pour aller plus loin dans cette lecture critique des modèles disponibles aujourd’hui, la vidéo détaille les chronologies et les chiffres de vente avec une précision que les communiqués officiels ne permettront jamais d’atteindre.